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 Le mouvement amazigh ou la réalité d'un Maroc oublié

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amazigh19
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MessageSujet: Le mouvement amazigh ou la réalité d'un Maroc oublié   Mer 16 Nov - 13:36

Le mouvement amazigh ou la réalité d'un Maroc oublié



Parler du mouvement culturel amazigh, c'est évoquer le combat d'une communauté majoritaire au Maroc pour la démocratie et les droits de l'homme. Le mouvement culturel amazigh (MCA), revendique les fondements mêmes de la démocratie : le droit d'exister en tant que peuple ayant sa langue, sa culture et son identité reconnues sur sa propre terre. Le MCA est né par réaction légitime à la politique culturelle et identitaire menée par les pouvoirs politiques au Maroc, qui consiste à étouffer chez les Amazighs toute velléité de revendication linguistique et de libertés démocratiques. Nous essaierons ci-après de retracer les grandes lignes de ce mouvement depuis sa naissance jusqu'à nos jours.
Pour mieux comprendre la formation du MCA, il est important de rappeler la situation du Maroc à l'indépendance. L'indépendance du Maroc signifiait, entre autre, la passation de pouvoirs des élites coloniales aux élites marocaines qui étaient essentiellement issues de la région arabophone de Fès et de Salé. Cette élite était très inspirée par la puissante idéologie du « nationalisme arabe ». Elle forma le parti politique de l'Estiqlal, l'unique parti d'alors, dont la tâche principale était de mettre sur pied un état national ayant une « culture nationale » et une langue unanimiste pour retrouver une identité forte et rassemblante, seule capable de lutter contre l'influence de l'impérialisme occidental. Pour ce faire, une politique d'arabisation accrue a été menée ; l'objectif étant d'arabiser les Marocains qui parlaient en grande majorité l'amazigh. L'arabisation a été justifiée par le statut de la langue arabe : langue de révélation liée au caractère miraculeux du Coran.
La politique d'arabisation devint le symbole de ce que Grandguillaume (Arabisation et politique linguistique au Maghreb) appelle à juste titre « le consensus national ». Tous les Marocains étaient censés en être les défenseurs et toute critique de l'arabisation fut réprimée, car considérée comme une atteinte à la cause nationale. Le chauvinisme pour la langue arabe devint un devoir religieux, patriotique et nationaliste mené par tous les Marocains, groupes et individus, arabophones et même berbérophones. Le point fort et à la fois très sensible de ce nationalisme arabe était l'utilisation du sentiment religieux. L'arabité et l'Islam se sont confondues pour ne plus être qu'un seul et unique repère identitaire. Les Marocains sont musulmans donc arabes ! Le berbère n'est qu'un particularisme régional sans aucun statut, si ce n'est celui de l'infériorité et de l'ignorance.
Pendant toute la période qui suivit l'indépendance jusqu'à la fin des années 80, le particularisme berbère était banni, dissimulé, masqué et pour les Amazighs un héritage honteux. C'était un danger qu'il fallait combattre. Les Français ne se sont-ils pas servis de ce particularisme en 1930 pour séparer ces pauvres Berbères de leurs frères arabes croyants ? Le décret de loi de 1930, appelé à dessein « Dahir berbère », devint la carte gagnante des nationalistes arabes, utilisée depuis bientôt 70 ans pour dénier les droits identitaires, linguistiques et culturels des Amazighs. Le berbère était infériorisé et minoré dans tous les domaines. L'enseignement de sa langue était et reste toujours interdit. Logique, l'amazigh n'est qu'un ensemble de patois vulgaires qui ne pourront jamais se hisser aux rangs des langues nationales ! Les symboles de son histoire, s'ils ne sont pas complètement ignorés, sont présentés d'une manière systématiquement médisante. À l'école marocaine, on nous apprend que l'histoire du Maroc ne commence que depuis l'arrivé des Arabes (estimés par les historiens à moins de 13000 hommes), que la reine amazighe Dihya (La Kahina) n'était qu'une sorcière, qui n'avait de raison d'être que de nuire et de porter atteinte à l'Islam et que les anciens habitants du Maroc étaient des Berbères, ou plutôt des barbares, qui habitaient des grottes et qui ont subitement cessé d'exister depuis 14 siècles, par le pouvoir de l'idéologie panarabiste. L'école et les médias ont été utilisées systématiquement pour faire croire aux Berbères qu'ils n'existent plus, aussi majoritaires soient-ils ! Pendant ce temps-là, l'arabisation des masses amazighes s'accélérait considérablement.
C'est dans ce contexte d'assimilation, de provocation et d'agression, que va surgir, de la société civile, le MCA, porteur d'une contre idéologie, un mouvement qui réaffirme les valeurs contenues dans la déclaration universelle des droits de l'homme et dans les conventions internationales qui visent la coexistence pacifique des peuples dans le cadre de l'égalité entre les langues, les cultures, les hommes et les femmes.
Le mouvement culturel amazigh a été initié par des jeunes intellectuels et universitaires issus de la région d'Agadir et installés à Rabat. Ils créèrent l'Association marocaine de recherche et d'échanges culturels (AMREC) en 1967. Leur objectif principal était de faire connaître et de promouvoir la culture populaire marocaine. Pendant cette période, les militants parlaient de culture populaire et n'osaient pas, par peur de répressions, d'évoquer leurs revendications identitaires amazighes. L'AMREC a mené comme actions principales des recherches et des publications sur la littérature amazighe, confinée dans l'oralité depuis plusieurs décennies. Elle a ainsi publié plusieurs recueils de poèmes et de proverbes amazighs.
Les années 70 et 80 ont été marquées par la répression vis-à-vis des mouvements sociaux, le MCA passa à la clandestinité jusqu'à la fin des années 80. Il fallut attendre la Charte d'Agadir de 1991 qui fut l'événement le plus marquant du mouvement, pour ré-entendre parler de la question identitaire amazighe. La charte d'Agadir est un texte signé par six associations lors du colloque sur la culture amazighe organisée par l'Université d'Eté d'Agadir. La majorité des associations amazighes, crées après 1991, ont adhéré à ses principes. La charte symbolise l'émergence d'une vraie revendication identitaire. Ne se cachant plus derrière des notions ‘softes', les Amazighs revendiquent clairement la reconnaissance des droits linguistique, culturel et identitaire du peuple amazigh et la stipulation dans la Constitution du statut officiel et national de la langue amazighe au côté de la langue arabe.
En décembre-janvier 1992 naissait à l'université d'Agadir l'idée d'un groupe de travail militant pour la cause amazighe au sein de l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM). Faisant face aux provocations de l'administration et celle des groupuscules politiques installés depuis longtemps à l'université, ce groupe de militants a mené un travail de sensibilisation remarquable pour devenir rapidement un des premiers mouvements estudiantins à l'université d'Agadir. Aujourd'hui, toutes les universités du Maroc, sans exception, comptent dans ses rangs un mouvement culturel amazigh.
L'année 1994 marqua le bouleversement des positions des associations culturelles qui commencèrent à apparaître d'une manière régulière sur la scène médiatique à travers des manifestations mieux organisées et plus revendicatives. Au premier trimestre de 1994, le Conseil national de coordination (CNC) a été créé. Cette instance regroupe une trentaine d'associations culturelles avec l'objectif de coordonner leurs actions au niveau national. L'amazigh est désormais revendiquée dans toutes les régions du Maroc. Au mois de février de la même année, les membres du bureau de l'association Tamaynut d'Inezgane ont été interpellés suite à la publication d'un calendrier écrit en trois langues, arabe, français et amazighe pour le Nouvel An amazigh. Sur le calendrier, figuraient entre autres, les visages d'une dizaine de rois amazighs, tels Massinissa, Jugurtha, Juba... Le chef d'inculpation était l'incitation et la production d'actes visant à troubler l'ordre public !
L'intérêt pour la question amazighe prend d'avantage d'ampleur lors de l'arrestation de sept membres de l'association Tilelli à Errachidia. En défilant lors des manifestations du 1er mai 1994, les membres de cette association, tous des enseignants et membres du Syndicat National de l'Enseignement (SNE), scandaient des slogans appelant à l'introduction de l'amazigh à l'école et à la reconnaissance de l'amazigh comme langue nationale et officielle du Maroc. Agitation, atteinte à l'ordre public, profération de slogans en contradiction avec la constitution et incitation à des actes contre la sécurité intérieure de l'État, tels étaient les chefs d'inculpation de leur arrestation ! Un grand élan de solidarité a été constitué autour des détenus d'Errachidia aussi bien au niveau national qu'international. Une mobilisation forte de toutes les composantes amazighes du Maroc mais aussi de Paris et de la Kabylie ont contraint les autorités marocaines à libérer les détenus... trois mois après leur incarcération.
L'année 1994 a été marquée par un autre événement important. Feu Hassan II, dans son discours du 20 août, appelle à l'introduction de l'amazigh dans l'enseignement. Une initiative très significative, mais qui n'est toujours pas suivie de faits. Suite à ce discours royal, un bulletin d'information en amazigh d'une dizaine de minutes a vu le jour à la télévision marocaine, une première depuis que la télévision a été inventée. Mais toutes ces initiatives, malheureusement, ne dépassent pas le stade de miettes symboliques visant à calmer un mouvement de plus en plus fort et de plus en plus large. L'amazigh n'est toujours pas enseignée. Le bulletin d'information est d'une rare médiocrité. Et la répression continue. La même année l'association Ilmas de Nador s'est vue interdire d'organiser un colloque scientifique sur « la langue berbère et l'écriture ». Au mois de mai 1995, Les autorités locales de Dcheira, région d'Agadir, ont procédé à des arrestations musclées d'une trentaine de participants au carnaval berbère de Bilmawen. Ces participants ont été relâchés par la suite, sauf l'un d'eux qui a été jugé et inculpé.
1995 est l'année de l'internationalisation de la question amazighe. Les associations marocaines ont été très actives lors du Festival de Douarnenez, qui a été suivi par la création d'un Congrès mondial amazigh (CMA). Cette organisation internationale non-gouvernementale regroupe une centaine d'associations amazighes à travers le monde. Les associations marocaines peuvent désormais collaborer avec d'autres structures berbères du Mali, du Niger, de la Kabylie ou de la diaspora. La question amazighe dépasse les frontières du Maroc et devient une cause nord-africaine.
Les associations amazighes ont à leurs actifs un grand nombre d'activités socioculturelles et éducatives. Certaines dates connaissent une multitude d'activités à travers tout le Maroc : le Nouvel An amazigh le 13, 14 et 15 janvier de chaque année ; le 8 mars, la journée mondiale de la femme ; le 20 avril, l'anniversaire du soulèvement kabyle, connu sous le nom du Printemps berbère, le 25 juin, l'anniversaire de l'assassinat du chanteur kabyle Maatoub Lounès... Les thèmes principaux de ces activités sont : l'enseignement de la langue amazighe, le passage de l'oralité à l'écrit, la standardisation de la langue, les doits linguistiques des peuples minoritaires ou minorisés, la redéfinition de l'histoire du Maroc et de l'Afrique du Nord, les droits des femmes, le statut des peuples autochtones, le droit juridique et constitutionnel, le théâtre, le cinéma...


Au niveau de la publication, les années 90 marquent le vrai passage de l'amazigh de l'oralité à l'écrit. Plusieurs publications en amazigh et sur l'amazigh ont vu le jour pendant cette période : des recueils de poèmes, des pièces de théâtre, des scénarios de films, des romans, des articles et des livres traitant de la linguistique, du droit, de l'informatique, des sciences naturelles, des mathématiques... ; la traduction du Coran en amazigh va bientôt être bouclée. Plusieurs journaux et revues sont aujourd'hui écrits en berbère ou traitent de la question berbère : Amud, Tasafut, Tamagit, Tiwiza, Agraw, Tamunt, Tidmi, Adrar, Tilelli, Tifawt, Tifinagh, Libika, Al Bayane et le premier journal hebdomadaire amazigh, Tamazight. Les sites Internet en amazigh et sur l'amazigh sont de plus en plus nombreux.
Le MCA est un mouvement pacifiste qui revendique des droits élémentaires. Il attend toujours à ce que le discours du roi soit traduit en actes, à ce que l'identité amazighe soit reconnue et à ce que les Amazighs puissent voir leur langue à l'école, dans les médias et l'administration. Depuis 1998, un gouvernement socialiste est en place. Lors de son discours de politique générale de son gouvernement, le Premier ministre Abderhmane Elyousfi a promis la réhabilitation des droits culturels et linguistiques des Amazighs. Pour le ministre de la communication, Mohamed Larbi Messari, il sera possible de mettre en place une chaîne de télévision en langue amazighe. Entre ce qui est promis par l'un et ce qui est possible pour l'autre, l'attente risque de durer ! Mais le combat continue...


Rachid Ridouane ZIRI
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