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 Apartheid linguistique Anti Amazigh

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Thagrawla
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Nombre de messages : 194
Date d'inscription : 10/05/2005

MessageSujet: Apartheid linguistique Anti Amazigh   Jeu 21 Juil - 18:12


Ignoble.
Scandaleux.
Je ne trouve pas de mots pour qualifier l'inqualifiable. Et cet inqualifiable dure, non point depuis des jours, des semaines, des mois.
Cela dure depuis des années.
Depuis plus de quatre décennies.
Plus de quarante années.
Depuis l'indépendance. Une indépendance qui devait assurer la liberté d'expression, la liberté d'opinion, l'égalité devant la loi, une répartition plus juste des richesses. Et … un pluralisme culturel et linguistique.

Ignoble.
Scandaleux.
Inadmissible.
Et j'ajouterais discriminatoire. Délaissée par son mari, en fait, divorcée avec un enfant, elle attend pendant des mois que son mari s'acquitte de ses devoirs de père, qu'il lui verse la pension exigée par loi pour qu'elle puisse subvenir aux besoins de leur progéniture. En vain.
De guerre lasse elle s'adresse. Après plusieurs mois, elle est convoquée, elle qui habite à Khénifra, au tribunal de Meknès. Pour répondre à cette convocation, elle doit faire appel à sa sœur, non pour l'accompagner, non pour la soutenir, non pour la réconforter, mais pour qu'elle puisse lui servir… d'interprète (1).
Raison, elle est berbère et ne connaît pas un traître mot d'arabe.
Cela se passe en juillet 2005. Au tribunal, il n'y a pas d'interprète.
Dans aucun tribunal du royaume, dans aucun hôpital du royaume, dans aucune administration du royaume, dans aucun commissariat du royaume, dans aucun poste de gendarmerie du royaume, nulle trace d'un interprète. Et pourtant, dans ce royaume, ils sont des milliers d'amazigh qui ne parlent pas arabe, qui ne parlent que tamazight.
Pourtant, sur leurs cartes d'identité rédigées en français et en arabe, ils sont considérés comme des citoyens et des citoyennes marocains, en principe, à part entière. En pratique, ils et elles sont des citoyens et des citoyennes de seconde zone, dont les droits sont bafoués car il leur est impossible de communiquer et de se faire comprendre dans un Etat qui ne communique avec ses citoyens qu'en arabe.
Au gouvernement, il y a des ministres berbères. Au parlement, il y a des députés berbères. Dans les administrations, il y des fonctionnaires berbères. Etc…
Et pourtant, tous se taisent. Ils ne sont pas les seuls. Les " Arabes " aussi.
Tous ou presque, nous nous taisons, comme nous nous sommes tus pendant plus de quatre décennies. Nul ou presque n'eut le courage, un jour, de proclamer haut et fort que cette tranche de la population a le droit de communiquer dans la langue qu'elle connaît, qu'elle maîtrise. Nul ou presque n'eût le courage d'exiger l'adoption d'une loi que dans les rouages de la justice, de la santé, de l'administration, etc, existent des interprètes pour permettre à ceux et à celles qui ne parlent pas arabe de communiquer, de se faire comprendre, d'être à même de se défendre leurs droits devant la police, à la gendarmerie, devant un tribunal, et autres services et départements étatiques.
Pourtant, il s'agit du quotidien de milliers de nos concitoyens.
Un quotidien qui devient hermétique, voire cauchemar dès que lorsqu'on ne parle pas arabe.
Une injustice de plus pour cette tranche de notre peuple. Lutter pour faire du tamazight une langue officielle est une noble cause.
Lutter pour enseigner le tamazight est juste. Arriver à imposer le tifinagh comme alphabet pour écrire le tamazight est un acquis.
Mais ne faut-il pas, en attendant, imposer des interprètes dans toutes les administrations et principalement dans les régions où vit une forte population berbère ?
Ne faut-il pas exiger que dans ces régions amazigh, soient affectés des responsables, des médecins, des juges parlant berbère.
Cela demanderait quoi ?
Il suffit de le vouloir.
Il suffit que l'on décide que ces citoyens doivent enfin jouir de tous leurs droits dont de communiquer dans la langue qu'ils connaissent.
Ignoble.
Scandaleux.
Inadmissible.
Discriminatoire.
Un apartheid linguistique.
Et si un matin je me réveillais dans un Maroc où le tamazight est la langue officielle alors que je ne parle que l'arabe ?
Ce serait pour moi le cauchemar, la solitude et je me sentirais étranger dans une contrée que je considérais comme mon pays.
Je me sentirais un citoyen de seconde zone. Y avez-vous jamais pensé ?
Si vous faites l'effort de vous projeter dans cette situation, vous comprendrez ce que peut ressentir une bonne partie de nos concitoyens et concitoyennes qui ne parlent que le tamazight.
En fait, que fait l'IRCAM dans tout cela ? Ne doit-il pas faire de ce problème, de ce droit de communiquer sa priorité afin de rendre le quotidien plus vivable pour tous nos concitoyens et concitoyennes ?
Une dernière chose : pourquoi parle-t-on du Maghreb arabe ? Une telle expression n'exclut-elle pas les populations berbères.
Et la MAP, Maghreb Arabe Presse ? Là aussi n'y a-t-il pas discrimination ?

(1) - Ce qui n'était pas le cas sous le protectorat où de tels interprètes officiaient.

Khalid Jamaï
Journaliste

Journal-Hebdo
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